Photo Diane Richard D.R.

L'illusion


Tu me vois comme un Grand, quelqu’un d’important, mais je ne suis qu’un tout petit Italien qui a fait le con toute sa vie. Je n’ai pas su me sauver à temps pour vivre ma vie autrement. Bah ! C’est peut-être parce que je ne voulais pas vraiment…

J’ai tourné et retourné le problème du reste de ma vie quand je suis arrivé ici, dans ce quartier, avec ces gens. Quand on pose sa valise et qu’on se fait des relations c’est foutu ! On croit que notre paradis est là, là où la valise est défaite. Et puis, je me disais : « Giuseppe, beaucoup t’envieraient ! Tu es dans une capitale, en plein centre, avec des gens corrects… mais dans un petit appartement où il n’y a pas de place. » C’est ça qui aurait dû m’alerter : pas de place.

On ne se rend pas compte que la place qu’on n’a pas nous enferme dans notre façon de vivre et de penser. Il faut se contenter de peu pour donner du sens à l’apparat, à ce que je qualifie d’illusion d’exister !

Toi, tu as tes cahiers et tes crayons pour t’enfuir dans ton univers ou dans un autre, mais ceux qui n’ont pas ce sens, que font-ils ? Ils tournent en rond jusqu’à devenir fou et, pour le moins sympathique, devenir malade. L’esprit se referme, s’enferme, se sclérose comme les maladies du même nom.

Il faut du sens à la vie. Quand l’insupportable pèse, il faut sortir du moule. Cela aussi c’est une invention des Grands pour te contraindre à vivre selon leurs volontés. Comme ça, toi tu travailles encore plus, tu paies encore plus et tu tombes malade. C’est pareil !

 

Pour un BELVEDERE, c’est pas fort de n’avoir rien vu de ce qui m’attendait, la prison. Alors, je suis sorti de plus en plus. J’ai cherché une activité qui puisse m’aller comme la protection de ces pauvres oiseaux qui crèvent de faim à Paris. Et puis, j’ai agi. Et là, vous connaissez la suite : tout le monde m’est tombé dessus. Et moi j’ai retrouvé une liberté… en camion ! Je n’étais plus moi-même dans ce foutu quatre roues mais au début j’avais encore la force de m’opposer, de parler de ma vie, d’aller à la rencontre des gens gentils que je connaissais et qui sont vite devenus des ennemis quand ils m’ont vu donner à manger aux oiseaux. Tout a basculé dans un sens que je n'ai pas voulu et qui, pour eux, semblait logique. Pas pour moi. Crois-tu que je me sois trompé de sens ?

 

La vie est faite pour exister d’abord dans les rêves et ne jamais perdre de vue que ce rêve de liberté, il faut aller jusqu’au bout pour le toucher. Voir, comment faire pour ne pas s’aveugler ?

On porte en nous la réponse.

 

Quand tu vois que le bonheur n’est pas au rendez-vous annoncé, il faut vite que tu changes la situation sous peine de tout voir basculer. Renverser la vapeur, dit-on aussi ! C’est une expression juste et appropriée. Moi je dirai « cambiare » en italien cela veut dire « changer » à temps. Il faut être attentif à ses émotions, ses états d’âmes, son ressenti. Si tu vois que tu ne vas pas bien, change !

Change tout et continue ta route.

 

Dans le temps (Giuseppe parle comme s’il était encore vivant), il y avait un feuilleton avec un Chinois qui rendait justice (1). Il repartait quand il avait terminé sa mission. C’est ça changer. Il faut parfois partir pour revivre.

Moi, j’en suis mort. De désolation et de chagrin. Jamais je n’aurai pensé mourir de ces sentiments bas.

Tête haute, valise à la main, le salut est dans l’esprit, dans les pensées, les rêves, les espoirs, les joies. Ces sentiments-là, il ne faut pas les trahir.

 


 

(1) Giuseppe parle de David Carradine jouant le rôle d’un prêtre Shaolin, qui croit en la non-violence et en l'honnêteté, dans la série Kung Fu diffusée en 1972.



Texte issu du "tome 2 la rose de la vie "

à paraître en avril 2026


Proposé par Marie-Simone Poublon,

directrice de publication, pour le Tablier-info

Editions mariesimone.fr

Un tout petit péché - Tome 1 la fontaine de la vie